COLLECTION THÉÂTRE
En Occident, la dimension initiale de l’acte théâtral est la tragédie, au sens rigoureux d’une confrontation entre l’humain et le divin, autrement dit : entre l’immanence et la transcendance. Après Eschyle et Sophocle, dès Euripide, le geste tragique s’affaisse jusqu’à devenir la scène des seules passions humaines (d’une envergure grandiose chez Shakespeare ou Racine) puis s’estompe dans un « art dramatique » dont Artaud dénonce la vanité psychologique à l’image d’un « suicide où le monde glisse sans s’en apercevoir » : nous y sommes…
Les deux pièces publiées au Grand Souffle peuvent se voir comme les deux extrémités d’un arc où vibre l’imp(a)nsable de la tragédie humaine : de la Nuit annoncée dans l’Œdipe de Sophocle, telle que la transmet Hölderlin à notre modernité, au Trou d’aurélien réal qui convoque l’édifice du savoir humain à sa faillite intégrale, c’est la tragédie de la pensée elle-même que nous recevons et l’inconnu qui l’assaille…
Qu’est-ce que la tragédie d’être humain et par quoi s’opère sa transmutation, tel est notre fait.
Scénario pour un théâtre cinématographique
La mise en scène des figures est le pré-texte du non-texte qui orchestre la scène du monde en faux pour l’effondrer dans le trou, la fosse de lumière fauve déchiquetant les pages et les films de la mémoire de nos sens…
Car le trou, tôt ou tard, toujours maintenant, compromet la mise en représentation dans l’espace destructeur de la mise en scène, déchirure à tout jamais de ce qui n’est pas…
Vous avez un blanc. Un trouble de mémoire laissant place à l’absence de tout propos…
Vous aurez tout perdu de ce qui n’est en la possession d’aucun. Le langage ne reviendra pas. Les images ne sont pas. Il n’y a rien à entendre
ou à percevoir. Circule alors le mouvant au creux de l’immobile. L’aboli de tout texte de toute représentation laisse circuler jusqu’à la perte de toute circulation. Rien de pensant ne peut penser l’impansable. Vous voici sans voix sans chemin…
Titre : Le trou
Auteur : aurélien réal
Format : 150 × 210 × 14 mm
154 pages
ISBN : 978-2-916492-53-7
Prix : 12,80 euros
Cette pièce figure en fragments successifs dans L’effondrement du temps, publié aux Éditions Le Grand Souffle par le collectif de L’imp(a)nsable. On aurait pu l’y retrouver comme, après un naufrage, les fragments épars d’une des œuvres de l’humanité qui traduisit le mieux l’épreuve tragique de notre espèce disparue.
Elle est ici restituée dans son intégralité pour en permettre la lisibilité d’ensemble, suivie d’un geste méditatif nouveau sur la tragédie humaine, intitulé : Monstration, Œdipe le sauveur meurtrier des autres et de soi malgré lui.
Traduire Œdipe, tel que vibre cette tragédie dans l’entente de Hölderlin,s’imposa comme l’accès le plus tendu à l’énigme tragique de notre condition humaine. Tragique, notre condition l’est parce qu’elle est celle de l’écart entre les deux extrémités de la pensée : humain/divin (ou : mortel/immortel).
J’ai constamment veillé à ce que cette traduction soit pour le théâtre, mais en restant au plus proche de la phrase hölderlinienne, dans sa diction insolite. On lira donc, en français aussi, une langue étrange.
Cette dissonance correspond à l’esprit d’Œdipe et à la façon, précisément décisive, dont Hölderlin garda dans sa langue la faille d’un monde, qu’il médita dans ses propres poèmes comme « le retrait du divin ».
Mais elle doit demeurer aussi, aujourd’hui, au sein d’un autre déplacement du regard, parce que cette faille même, dont l’impact dans la pensée n’est peut-être plus ni reconnaissable ni mesurable, menace toujours plus profondément l’édifice du savoir humain.
Œdipe serait alors, non plus seulement la figure qui mon(s)tre à l’Homme sa tragédie, mais indique, dans l’aporie directement vue et éprouvée de cette tragédie, la faillite de la pensée elle-même…
« Mais où est le péril, croît aussi ce qui sauve » (Hölderlin, Patmos).
(nathanaël flamant) est membre du laboratoire de l'imp(a)nsable. Au Grand Souffle, il a déjà publié L'autre obscénité. Il est également co-auteur de la trilogie l'effondrement du temps publiée en 2006 et 2014.
Titre : Oedipe Tyran
Auteur : Sophocle/ Hölderlin
Traduction et Monstration (Nathanaël Flamant)
Format : 140 × 19à x 14 mm
168 pages
ISBN : 978-2-916492-52-0
Prix : 12,80 euros